J’aime pas la morue.

Posté dans Spécial Névroses, Uncategorized avec des tags , , , le 21 juillet 2011 par janedelajungle

De retour de chez le pédiatre, que, depuis la naissance de mon fils – 4 mois et demi – je vois plus que mon propre mari, je hisse péniblement la poussette dans le bus qui me ramène à la maison. Il pleut (normal, un mois de juillet à Paris), je suis épuisée (normal, j’ai un bébé de 4 mois et demi) et je n’ai qu’une envie, caler la poussette à l’endroit des poussettes et caler mon minuscule popotin (humour) sur le minuscule siège prévu pour les mamans.

Mais sur ce siège, il y a un vieux monsieur (notez qu’à ce stade du récit, je suis respectueuse et soumise face à un senior que j’appelle délicatement « vieux monsieur »). Vérifiant que cette personne n’est pas invalide (NDLR : l’endroit des poussettes et des mamans est aussi destiné aux personnes handicapées) et vérifiant qu’il y a bien des places libres partout, je lui dis poliment « Monsieur, c’est l’endroit des poussettes », espérant ainsi pouvoir m’assoir.

Et là, le senior devient morue. D’un coup. « Mouais, et c’est aussi la place des personnes invalides », m’aboie-t-il. Invalide ? Me serais-je fourvoyée ? J’observe attentivement : l’homme a autour de 85 ans. Vêtu d’un costume trois pièces supra classe avec cravate et petit mouchoir jaune canari assortis, je vois à ses pieds non pas une canne mais un parapluie- jaune canari, cela va de soi. Je tombe aussi sur un ordinateur portable et sa sacoche. Bougonnant contre moi et mon insolence, le senior se calme les nerfs…en jouant au poker sur son i-phone 4. J’ai envie de rire. Et de l’abattre.

Le trajet s’étire lentement tandis que la fatigue me gagne jusqu’à m’en donner la nausée. Je rêve de m’assoir. Mon fils dort comme un ange. Veinard. Le vieillard BCBG (oui, « vieillard », fallait pas m’embêter) entame la belle de sa partie de poker. Puis vient mon arrêt. Une fois à l’air libre, je ne peux m’en empêcher : à ce monsieur qui me fusille du regard sous prétexte que j’ai osé défier le troisième âge – sérieusement, il avait l’air bien plus pêchu que moi – je lance un beau sourire et un joyeux coucou de la main. A deux doigts de s’étrangler, le vieux monsieur devient tout rouge. Les portes se referment, laissant cette odieuse morue voguer vers d’autres rivages, entendez pourrir la vie d’autres innocentes victimes.

Mais bon, on peut pas assommer tous les shmocks* que l’on croise, sinon on ferait que ça.

*Gros mot Yiddish , débrouillez-vous.

JANE
jdelajungle@yahoo.fr

Accoucher ou comment le réaliser.

Posté dans Maternité, Uncategorized avec des tags , , , , , le 6 mai 2011 par janedelajungle

Dans la voiture, des images se bousculent dans ma tête de femme enceinte jusqu’aux oreilles. Celles d’une boucherie chevaline avec, dans le rôle du rumsteak qu’on charcute, moi. Benton et Carter récitant la sacro-sainte trinité « NFS Chimi Iono ».  Et une scène de « Massacre à la tronçonneuse II ». Malgré la trouille, je ne réalise pas.

Dans le couloir, je croise un papa avec des mini-bébés dans les bras. Ce sont des jumeaux et ils ont une demi-heure. Lui a l’air d’avoir fumé la moquette. La mère doit agoniser, quelque part pas loin. Des infirmières me mènent à mon lit. Je m’y installe avec la grâce d’un cachalot. Mon ventre est une planète, mes jambes des poteaux de l’ErDF. J’y suis, mais je ne réalise pas.

Dans la salle de travail, un tas de petites choses : l’équipe médicale qui se fout de moi car j’ai apporté ma peluche. Ma moitié qui « s’ennuie » et me le répète à peu près tout le temps. La douleur des contractions, à vif, comme des vagues dans lesquelles je ne peux même pas me noyer pour tenter d’abréger mes souffrances. Et puis l’anesthésiste qui débarque : « Allez, on fait la péridurale ». Moi, tordue de douleur : « Déjà ? ». C’est que je ne réalise toujours pas.

Pendant la pose de la péridurale, un niveau de souffrance difficilement racontable.  Mangée par le stress, je tremble comme une feuille d’Automne dépressive. Du coup, ça prend trois fois plus de temps que prévu. Ma moitié, un peu plus loin, est blafarde, car moi, je ne vois pas l’aiguille de la taille d’un pieu qui farfouille mon dos, mais elle, si. Ca l’aide à réaliser.

Pendant que je pousse, je suis très concentrée. La sage-femme est un homme et me donne des ordres. Parfait. Ca m’empêche de penser. De toute façon, la péridurale me faisant l’effet d’une drogue dure – moi qui n’ai rien bu ni fumé durant 9 mois – à part pousser, je ne vois pas trop bien ce que je serais capable de faire d’autre. Alors je pousse. Et, perplexe, je constate que je ne réalise vraiment pas.

Pendant qu’on te sort de moi, j’ai le cœur qui bat, les larmes qui se débattent, et tout l’amour du monde qui envahit mon corps désormais meurtri. La sage-femme homme te dit « Bonjour beaux yeux », ma moitié fait « Oh ! » et te voilà sur moi, tout chaud, tout sage, tout nu. Je ne t’ai pas vu, pas encore. Mais je te sens. C’est animal et c’est parfait. Tu éternues, je te dis « A tes souhaits”. Ca y est, j’ai réalisé.

JANE

jdelajungle@yahoo.fr

9 mois à t’aimer.

Posté dans Maternité avec des tags , , , , , , le 5 mai 2011 par janedelajungle

9 mois à vomir, à tanguer, à rêver.

9 mois de nausées et de reflux, à se dire qu’on ne tiendra jamais.

9 mois à ne plus voir ses pieds, à imaginer ceux du bébé.

9 mois, et autant de nouvelles amitiés : vergetures, varices et autres délices.

9 mois à avoir le trac, celui du premier rendez-vous, dans une maternité.

9 mois de colocation avec un petit être qui dort en vous, mange en vous, fait des rêves et a le hoquet.

9 mois à compter les mois, les jours, les heures, à calculer les dates, le début, la fin…Mais la fin, c’est loin.

9 mois à avoir envie de cassoulet et de raviolis quand les fraises restent dans leurs cagettes et leurs clichés.

9 mois à parler à son bidon, à lui faire des câlins, à lui chanter du Madonna en étant toute essouflée.

Et un jour, les 9 mois sont passés. On fait ses sacs et on monte dans la voiture, péniblement. On va accoucher, et on le répète plusieurs fois, à haute voix, car tout ça, c’est pour de vrai.

 Et toi, fils, qu’as-tu pensé de moi pendant ces 9 mois ?

 

JANE

 jdelajungle@yahoo.fr

Précision (de taille) pour le lecteur-internaute.

Posté dans Maternité avec des tags , , le 5 mai 2011 par janedelajungle

Je tiens à préciser que tous les posts édités à partir de cette date sont écrits de ci-de là, le matin très tôt ou le soir très tard, lorsque mon petit bébé me fait l’honneur…de dormir. Une autre conception de l’écriture, en somme.

Pourquoi j’ai adoré le mariage de Kate et William…

Posté dans Ca m'a touchée... avec des tags , , , , , le 1 mai 2011 par janedelajungle

Le 29 avril, 2 milliards de personnes ont suivi en direct le mariage de Kate et William. Parmi eux, noyée dans la masse de petits Terriens en quête de conte de fées, il y avait moi. Et mon bébé de deux mois – oui, je fais subir d’étranges choses à mon enfant, j’en conviens. Mais sincèrement, ça valait le coup.

Fascinée par les commentaires surréalistes de l’équipe de M6 – « Camilla porte un tailleur pistache ». « Ah non, je dirais plutôt gris perle, j’hésite…Qu’en pensez-vous, cher confrère ? », je découvre qu’à l’intérieur de cette Eglise de 30 mètres de haut, il y a des arbres. Et ce jour-là, également des centaines de jolies plantes vertes, dotées de chapeaux aussi foufous que ceux de la Gaga – la robe en steak, ce sera pour le mariage de Harry.  Ah, tous ces invités trop contents d’être là, de passer à la télé itou itou. A une exception près, la Reine, qui aurait visiblement préféré être chez elle trankillou à faire son Sudoku. Mine de rien, malgré tout le protocole, je me suis bien marrée, surtout avec Pipa. Pipa ! Pipa, ça ne s’invente pas comme nom, d’autant que Pipa, sœur de la mariée et canon de son état, est apparue, par la force des choses (elle tenait la traîne) sur la quasi intégralité des plans de caméras supposés sublimer Kate. Bien jouée, la soeurette. Quant à Kate Middelton, chapeau bas. La mariée a gardé le sourcil relevé et impassible durant les trois heures trente de la cérémonie. Trop forte – Buckingham lui a-t-elle offert un coach pour travailler ça ?

Ceci dit, j’admets avoir été émue. Le jour de l’enterrement de Diana (j’avais 17 ans à l’époque),  je me suis souvenue d’une petite enveloppe blanche que William et Harry avaient déposée sur le cercueil de leur mère. Dessus, c’était juste marqué « Mummy ». Alors, de les voir ainsi, adultes, ça m’a un peu secouée. Et puis, de voir Elton John aussi. Qu’a-t-il ressenti, lui, l’ami de Diana ? Une chose de sûre, le voir installé, lui et son mari, à seulement deux encâblures de la Reine Mère, j’ai adoré. Elle, je sais pas trop.   

JANE

jdelajungle@yahoo.fr

“Ma collègue est un peu forte…”

Posté dans Bridget Attitude. avec des tags le 30 avril 2010 par janedelajungle

C’est un moment puissant que je m’apprête à vous raconter. Une scène digne de l’un des meilleurs épisodes d’ « Ugly Betty ». Un souvenir qui, j’en suis sûre, me fera toujours monter le rose aux joues. De honte, cela va sans dire.

Ca se passe dans une rédaction télé où je débarque pour la première fois. Tout est nouveau. Les gens aussi, en l’occurrence. Le caméraman avec qui je fais équipe est un vieux de la veille. Il a tout vu, tout vécu, et de ce fait, il fume dans la voiture de reportage avec un naturel désarmant. Nous calons un reportage pour le lendemain. Il faut commander des taxis-motos pour se déplacer plus vite dans la manif que nous nous apprêtons à couvrir. Mon collègue s’en charge, passe le coup d’fil, gère le taxi-moto. La ligne est mauvaise, mon collègue hurle dans le combiné. Tout ça au beau milieu d’un open space fort silencieux avec plein d’autres journalistes dedans. Fin de la conversation, mon collègue s’inquiète semble-t-il de la taille de mes fessiers. Rentreront-ils sur le siège arrière de la moto en question ? De cette sollicitude sincère à mon égard résulte un deuxième effet Kiss Cool. Visualisez un vieux cameraman doppé aux Malboro qui beugle à un gestionnaire de taxis-motos : « Oui, aussi, j’dois vous dire que ma collègue est un peu forte ! ».  L’autre entend mal. « Ma collègue est un peu forte !! », hurle-t-il alors de plus belle. Et là, croyez-moi, il le braille une troisième fois, au cas où l’intégralité du building n’aurait pas entendu : « Ma collègue est un peu forte !!! ». Seigneur.

Je suis rouge jusqu’au dernier petit doigt de pied. Mon collègue raccroche. C’est bon, c’est réglé, la commande est passée. La totalité de l’open space regarde son écran d’ordinateur avec attention, histoire de ne pas croiser mon sourire glacé. Un ange passe. Plein de bourrelets, l’ange. Il y a des instants dans la vie d’une femme où l’on hésite. Abattre un collègue de sang froid avec un sac Lancel archi plein. S’enfuir en pleurant dans les toilettes des filles, mortifiée. L’interpeller à haute et intelligible voix avec un truc du genre : « Et au fait, tu leur as demandé aux taxis-motos s’ils acceptaient de transporter des vieilles biscottes rabougries comme toi ? ». Au final, je n’ai rien dit du tout, j’ai besoin d’argent pour payer mes Lancel.

PS : ce post est dédicacé à toutes les biscottes qui m’emmerdent à un point vous pouvez pas vous imaginer.

JANE

jdelajungle@yahoo.fr

Un parfum de vrai.

Posté dans Quand les vraies filles font du shopping... avec des tags , , le 11 mars 2010 par janedelajungle

C’est une pub qui me fascine, une pub pour un parfum. A côté d’un flacon rose pâle, il y a un mannequin de 2 mètres. Au moins. Une brune mystérieuse au  regard pénétrant et accrocheur, avec des jambes interminables et des cuisses de grenouilles. Ses pieds nus évoquent la pureté d’un carrelage lavé à grandes doses de Saint Marc aux pins des Alpes. Et sa chevelure tombe parfaitement, tel un rideau Ikea à 19 euros 90 posé dans la chambre des gamins. Sa robe en tulle rose l’enveloppe délicatement, de même qu’un adorable bout de tulle rose cachète le fragile flacon….Et ben moi, cette pub me fascine. Parce que le parfum s’appelle « Jeanne », de Lanvin. Et que moi, je m’appelle Jeanne, de mes parents. Face à ce fabuleux tableau de tulle et de douceur, j’avoue, j’m’ identifie pas trop. Et pourtant, je vous jure que j’m’appelle Jeanne. C’est embêtant parce que si même les meufs qui s’appellent Jeanne aiment pas la pub, ils le vendront jamais, leur parfum.

Non, moi, ce que je visualiserais, c’est plutôt un flacon rond (bon ok, très rond). A côté du flacon, une nana. Tassée, un peu. Avec de très légers bourrelets. Et oui, messieurs dames les publicitaires, il faut oser contrer la norme anorexique ! Bon, une petite dadame  tassée donc. Et qui porte des UGG, vous savez ces bottes d’ours hideuses mais tellement chaudes. Bé oui, mais c’est l’hiver, et les filles qui s’appellent Jeanne, elles sont plus frileuses que les autres, voilà. Autour du flacon d’ailleurs, c’est une sorte de bout de pull Damart bien douillet. Pas l’ombre d’un charmant bout de tulle rose. Ben c’est l’hiver zut. Et cette femme tassée et frileuse semble anxieuse. Son  regard inquisiteur est tourné vers l’horizon, résolument. C’est beau ce regard perdu. Que cherche-t-elle ? L’amour ? La foi ? L’Eternité ? Non, en fait, elle est stressée et furax car elle reçoit plein de gens à dîner ce soir et que son andouille de compagnon a oublié d’acheter de la coriandre fraîche pour ses boulettes. Mais comment va-t-elle shaker ses boulettes, se dit-elle avec rage et désespoir. Une femme, un parfum, des boulettes. Jeanne, Jeanne de Lanvin.  Et là, la pub est prête, vous voyez. Y a plus qu’à lancer une campagne interplanétaire. Et ça déchirerait, j’vous jure. J’en suis sûre, foi de Jeanne !

JANE   jdelajungle@yahoo.fr

Tout ce que vous avez toujours rêvé de faire le jour de la Saint-Valentin (sans jamais avoir osé)

Posté dans Spécial Névroses avec des tags , , le 12 février 2010 par janedelajungle

 01 Boycotter votre mère au téléphone pour éviter ses soupirs et ses « pfff »  plein de sous-entendus. Oui, vous n’êtes pas casée et vous avez plus de 22 ans (8 ans de plus, en fait), et oui, vous le vivez bien (pas si bien, en fait). Mais, pitié, pas les soupirs de désespoir de votre mère.

 02 Mater les films d’amour les plus andouilles possibles en pleurant de bon cœur, lovée dans un canapé mou Ikea : « The Holiday », « Love Actually », « Coup de foudre à Notthing Hill ». Pour se dire que oui, l’amour c’est simple. Dans les films surtout.

 03 Pour accompagner ces films sucrés, courir acheter une immense boîte de chocolat. En manger l’intégralité. Méthodiquement.

 04 Faire une liste de tous ses ex et leur donner des notes de 1 à 20. C’est affreux, c’est cruel. Mais c’est ce qu’ils font avec leurs ex, eux. Et leurs ex, en l’occurrence, c’est nous.  

 05 Dire « Ca va pas la tête » à tous les speed- dating, soirées célibataires, événements en tout genre organisés pour l’occasion. Car l’année dernière, vous aviez fait la terrible erreur de dire « Pourquoi pas ». Et vous aviez marmonné tout du long « Mais qu’est-ce que je fous là, moi ».

06 Vous dire que vous croyez encore à l’Amour, même si le quotidien vous abime la carte postale, que votre jules ne débarrasse jamais, que belle maman vous rend hystérique. Vous y croyez encore, répétez après moi, allez.

07 Accepter un rendez-vous atrocement kitsh dans un restaurant atrocement cher avec un menu estampillé de roses rouge et un italien gominé qui vous fera de la poésie et les yeux doux. Ben quoi, c’est la Saint Valentin, oui ou bien ?

08 Râler en vous disant que olala la Saint Valentin c’est commercial et sauter de joie comme une ado quand votre copain vous offre un collier avec un cœur doré au bout. Bref, être une femme pleine de paradoxes. Une femme, donc.

09 Vous débrouiller un date avec un gars qui s’appelle Valentin. Au pire, c’est une soirée loose mais vous aurez un truc rigolo à raconter au bureau lundi. Au mieux, les Valentins se révèlent être absolument tout sauf des Saints.

 10 Vous habiller comme une diva des années 30, vous promener dans la rue d’un air mystérieux et envoûtant en talons aiguilles douloureusement hauts, vous la jouer déesse de l’Amour pour la journée de l’Amour. Tout simplement.

JANE     jdelajungle@yahoo.fr

J’ai 10 ans, je sais que c’est pas vrai mais…

Posté dans Ca fait mal d'être adulte ?, Ca fait mal de mûrir ?, Uncategorized avec des tags , le 8 février 2010 par janedelajungle

La première fois que j’ai eu 9 ans, ça m’a fait drôlement réfléchir. Vêtue de ma p’tite robe à fleur, je flippais grave. C’est la dernière fois que j’ai un âge à un seul chiffre, me disais-je avec effroi. Et oui, déjà, j’étais quelqu’un de diablement cool.

La première fois que j’ai eu 15 ans, ça a fait drôlement réfléchir mes parents. Face à mes jeans pouilleux et ma tête à claques,  je sentais bien qu’ils s’disaient des trucs du genre mais comment c’est possible hier encore c’était un beau bébé  souriant rendez-nous notre enfant pitié. Pas cool pour eux.

La première fois que j’ai eu 21 ans, j’étais amoureuse. De quelqu’un qui oublia de me souhaiter mon anniversaire. Je dus sourire vaillamment toute la sainte journée, ego de femme oblige. Et oui, le Grand Amour, ça vous garantit pas les joyeux anniversaire nos vœux les plus sincères. Pas cool pour moi.

La première fois que j’ai eu 26 ans, je ne voyais le bout de rien. Ni de mon nez, ni de mes excès, ni de mes névroses, ni de mes errances. Pas cool pour ma psy.

La première fois que j’ai eu 30 ans, c’était hier. Et ben vous savez quoi, j’crois que je suis moins angoissée qu’à 9 ans, moins insupportable qu’à 15, moins nunuche qu’à 21 et moins barrée qu’à 26. Comme quoi, les ridules, ça a p’t-être du bon, finalement. Un peu, un tout p’tit peu.

JANE    jdelajungle@yahoo.fr

Mon reportage à “Emmaüs Défi”.

Posté dans Ca m'a touchée... avec des tags , le 4 février 2010 par janedelajungle

J’ai fait un reportage à Emmaüs, des portraits de femmes…Personne n’en n’a voulu. Que voulez-vous, la presse féminine est aussi impénétrable que les voies du Seigneur, limite encore plus j’ai envie d’dire. On s’en fout ! Quand je serai riche et célèbre, les rédactrices en chef du monde entier me supplieront mais non, j’aurai plus le temps. D’ici là, le sujet est pour vous, chers lecteurs.

Ce reportage, je l’ai fait il y a quelques semaines, à la veille des Fêtes. Souvenez-vous, il faisait un froid de canard, -6, -8… Je suis partie de la question suivante : comment font ces personnes pour se reconstruire ? Elles cherchent un logement, OK. Elles se remettent à bosser, OK. L’aspect de l’emploi, surtout, m’a intriguée. Après des années dans la rue et sans repères,  comment retrouver une vie dite « normale » ?  Comment gérer cette période de transition ? Après des années sans bosser, sans impératif, comment réapprendre à respecter des horaires, des rendez-vous, des instructions, et aussi un certain  savoir-être ?  

Pour avoir des réponses, je me rends dans les locaux d’« Emmaüs Défi », (distinct d’Emmaüs tout court), une entreprise qui propose du travail aux personnes qui ont connu des situations de grande détresse. Des contrats d’insertion de 2 ans, avec de vrais bulletins de salaire. Le job, c’est souvent travailleren amont et en aval pour les bric à brac d’Emmaüs : trier, porter, stocker, parfois vendre…  Et les personnes qui  travaillent ici (58 en tout) sont parfois encore dans la rue. Ou en foyer. Comme Ana, 47 ans, qui accepte de me raconter comment elle a vécu son retour au travail.

Ana en a vu de belles. Elle répond à mes questions simplement, sans jamais détourner le regard. Avant, il y avait des enfants, un mari violent, une fuite mouvementée à Paris. Ana appelle ça pudiquement « les aléas de la vie ». Aujourd’hui, après des années en foyer et sans travail, Ana est l’une des salariées en insertion d’« Emmaüs Défi ». Elle est au triage, depuis un an. Elle se souvient de cette fameuse période de transition, au début : « C’était dur de se lever, de réapprendre la vie en société, de se plier aux horaires. J’avais peur de ne pas être à la hauteur, de ne pas donner assez de moi-même. Les premiers mois, je ne parlais pas, j’étais figée. » Et puis Ana a réappris  à bosser. « Un samedi sur deux, j’étais face à des clients, dans les bric à brac, c’était pas évident du tout. ». Ca fait un an tout ça. Ana a repris confiance en elle et repris ses repères. Elle sourit et me dit « Emmaüs Defi », c’est comme une petite famille ! ». Mais quand je lui parle de l’avenir, je sens qu’elle se crispe. Elle m’explique qu’il lui reste un an dans cette structure (les contrats d’insertion sont de deux ans). Et que la suite lui fait rudement peur. « J’ai postulé pour une formation d’aide soignante, j’ai envie de travailler, mais j’ai peur de travailler hors d’Emmaüs Défi. C’est court, je trouve, 2 ans en insertion. J’ai peur que ma formation ne démarre pas tout de suite après la fin de mon contrat Emmaüs. Rester sans travailler, au foyer, à attendre, je ne vais pas le supporter ». Ana soupire et me dit « on verra bien ». Je la laisse retourner à son poste de triage. Je l’entends se faire charrier par les autres. Elle se défend en rigolant.

Ce témoignage m’a touchée, bien sûr. Le face à face avec un inconnu qui vous déballe sa vie, ses faiblesses, son passé, c’est…brutal. Mais j’ai aussi besoin d’un témoignage moins dans l’affect, et plus concret aussi. Je fais donc la connaissance d’Anne-Claire, une « encadrante technique», comme on dit ici. Anne-Claire a 25 ans et elle est là pour manager ses équipes. Pas très reposant, comme boulot, on dirait. « On leur montre ce qu’il faut faire. Ce qui est sûr, c’est qu’au début, quand une personne est nouvelle ici, c’est pas facile. Elle doit reprendre un rythme, il faut la rassurer, l’écouter ». Des ex sans abris (ou encore dans la rue et en foyer) qui se réadaptent au principe de vie active, ça donne quoi sur le moyen terme ? Anne-Claire réfléchit à ma question, prend le temps : « Ce que je constate, c’est la fragilité des progrès. Ces personnes ont un passé très lourd et nous, on essaye de faire de ce boulot leur constante. Mais c’est dur, il y a des pathologies lourdes dès fois. Le matin, ça arrive que certains arrivent bourrés. On essaye de leur parler en leur disant que leur futur employeur ne tolèrera pas de les voir arriver alcoolisés au travail, qu’il faut respecter les horaires etc… L’idée, c’est de les faire bosser pour qu’ils aillent mieux grâce au travail. Et de les accepter comme ils sont ». Anne-Claire doit me laisser. En cette veille de Noël, elle est débordée, comme tout le monde ici d’ailleurs. Elle file, il faut charger les camions.

Ana, elle, ne va pas tarder à rentrer au foyer où elle vit. Elle m’a confiée espérer trouver un studio, bientôt, pour emménager avec son compagnon. Ana est amoureuse. Et moi, même si j’arrive pas à vendre mes fichus articles, j’adore mon métier.

http://www.emmaus-defi.org/

JANE    jdelajungle@yahoo.fr

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