J’aime pas la morue.
De retour de chez le pédiatre, que, depuis la naissance de mon fils – 4 mois et demi – je vois plus que mon propre mari, je hisse péniblement la poussette dans le bus qui me ramène à la maison. Il pleut (normal, un mois de juillet à Paris), je suis épuisée (normal, j’ai un bébé de 4 mois et demi) et je n’ai qu’une envie, caler la poussette à l’endroit des poussettes et caler mon minuscule popotin (humour) sur le minuscule siège prévu pour les mamans.
Mais sur ce siège, il y a un vieux monsieur (notez qu’à ce stade du récit, je suis respectueuse et soumise face à un senior que j’appelle délicatement « vieux monsieur »). Vérifiant que cette personne n’est pas invalide (NDLR : l’endroit des poussettes et des mamans est aussi destiné aux personnes handicapées) et vérifiant qu’il y a bien des places libres partout, je lui dis poliment « Monsieur, c’est l’endroit des poussettes », espérant ainsi pouvoir m’assoir.
Et là, le senior devient morue. D’un coup. « Mouais, et c’est aussi la place des personnes invalides », m’aboie-t-il. Invalide ? Me serais-je fourvoyée ? J’observe attentivement : l’homme a autour de 85 ans. Vêtu d’un costume trois pièces supra classe avec cravate et petit mouchoir jaune canari assortis, je vois à ses pieds non pas une canne mais un parapluie- jaune canari, cela va de soi. Je tombe aussi sur un ordinateur portable et sa sacoche. Bougonnant contre moi et mon insolence, le senior se calme les nerfs…en jouant au poker sur son i-phone 4. J’ai envie de rire. Et de l’abattre.
Le trajet s’étire lentement tandis que la fatigue me gagne jusqu’à m’en donner la nausée. Je rêve de m’assoir. Mon fils dort comme un ange. Veinard. Le vieillard BCBG (oui, « vieillard », fallait pas m’embêter) entame la belle de sa partie de poker. Puis vient mon arrêt. Une fois à l’air libre, je ne peux m’en empêcher : à ce monsieur qui me fusille du regard sous prétexte que j’ai osé défier le troisième âge – sérieusement, il avait l’air bien plus pêchu que moi – je lance un beau sourire et un joyeux coucou de la main. A deux doigts de s’étrangler, le vieux monsieur devient tout rouge. Les portes se referment, laissant cette odieuse morue voguer vers d’autres rivages, entendez pourrir la vie d’autres innocentes victimes.
Mais bon, on peut pas assommer tous les shmocks* que l’on croise, sinon on ferait que ça.
*Gros mot Yiddish , débrouillez-vous.
JANE
jdelajungle@yahoo.fr
28 juillet 2011 à 10:11
ah oui c’est très vulgaire schmok mais il mérite :-p